Le cancer du sein : comprendre les différents traitements

22 Oct,21 | Traitements et aliments

Le 6 septembre 2021, la Haute Autorité de santé (HAS) a autorisé l’accès précoce à un traitement du cancer du sein métastatique triple négatif, le Trodelvy (sacituzumab govitecan) : un traitement ciblé (par anticorps) conjugué à une chimiothérapie. Celui-ci est réservé aux personnes en échec thérapeutique après deux lignes de traitement systémique ou plus.  

De façon générale, trois types de médicaments anticancéreux sont utilisés pour traiter les cancers du sein : des molécules de chimiothérapie, des thérapies ciblées et de l’hormonothérapie. Ces médicaments n’ont pas le même mode d’action, ou la même finalité.

A travers cet article, nous vous proposons de mieux connaître et comprendre les différents traitements disponibles pour lutter contre le cancer du sein et leurs impacts sur l’alimentation des patients. 

Si vous avez manqué notre premier article sur le cancer du sein : vous pouvez le retrouver ici

Les traitements médicamenteux

La chimiothérapie

Les cancers « hormono-insensibles« , ne présentant pas de récepteurs d’oestrogène et de progestérone, doivent être traités par chimiothérapie si la tumeur a une taille suffisante. La chimiothérapie est un traitement administrant des agents chimiothérapeutiques pour combattre les cellules cancéreuses. Il est fréquemment administré par perfusion et adapté à chaque patient. Il constitue des cycles entre périodes de perfusion et périodes de repos (cure de chimiothérapie). Ce traitement dure généralement de 3 à 6 mois.

La molécule injectée a pour but de bloquer la réplication des cellules cancéreuses suivant différents mécanismes. Ce traitement n’est pas spécifique des cellules cancéreuses et est souvent à l’origine de nombreuses perturbations comme l’apparition de nausées, vomissements et diarrhée, perte de cheveux, perte de mémoire, sécheresse vaginale, problèmes de fertilité…

On retrouve 4 grands types de chimiothérapies en fonction de leur mode d’action : 

  • Inhibiteurs de topo-isomérases : Ils perturbent la réplication de l’ADN, et donc la réplication de la cellule, en bloquant l’action de l’enzyme qui ramène l’ADN surenroulé à une forme relâchée.
    • Anthracylines (doxorubicine, épirubicine)
    • Epipodophyllotoxines (étoposide)
  • Poisons du fuseau mitotique : Ils vont bloquer le fuseau mitotique, indispensable à la séparation des chromosomes au cours de la division cellulaire.
    • Taxanes ; alcaloïdes de l’if (docétaxel, paclitaxel, etc.)
    • Vinca-alcaloïdes ; alcaloïdes de la pervenche (vinorelbine, vinblastine, vincristine, etc.)
  • Agents alkylants : Ils se fixent sur l’ADN bloquant ainsi la réplication de l’ADN et la transcription de l’ARN, provoquant ainsi la mort de la cellule.
    • moutardes azotées (cyclophosphamide, ifosfamide, etc.)
  • Antimétabolites : Ces médicaments agissent en perturbant les acides nucléiques, nécessaire à la fabrication de l’ADN et des ARN.
    • Analogues de l’acide folique (méthotrexate)
    • Antipyrimidiques (6 mercaptopurine, cladribine)
    • Antipuriques   (5 Fluoro-Uracile, capécitabine, gemcitabine)
traitement

L’hormonothérapie

L’hormonothérapie est un traitement du cancer qui vise à réduire l’activité et la production d’une hormone susceptible de stimuler la croissance d’une tumeur cancéreuse, elle est principalement utilisée dans les cancers hormonosensibles. Les patientes sous hormonothérapie souffrent fréquemment de bouffées de chaleur, sécheresse des pertes vaginales, nausée… 

  • Les anti-estrogènes : ils vont, entre autres, permettre de diminuer l’expression des gènes stimulés par les œstrogènes et de bloquer le cycle de nombreuses cellules (tamoxifène, raloxifène, toremifen).
  • Les anti-aromatases : Ils vont perturber le fonctionnement de l‘aromatase : une enzyme qui permet à l’organisme de continuer à produire des estrogènes chez la femme ménopausée (anastrozole, exémestane, létrozole).
  • Les analogues de la Hormone de libération des gonadotrophines hypophysaires (LH-RH) : l‘objectif de ces médicaments est d’inhiber la production hypophysaire de gonadotrophines (FSH et LH), les hormones nécessaires à la reproduction (triptoréline, leuproréline, buséréline, goséréline).

Les traitements biologiques ciblés

Dans le cas d’un cancer hormono-dépendant, un traitement biologique ciblé est utilisé. Ces traitements sont couramment associés à de la chimiothérapie afin de renforcer leur efficacité dans la suppression des cellules cancéreuses.  

  • Anticorps monoclaux  anti-récepteurs membranaires : L’anticorps se fixe sur un antigène membranaire, pour déclencher un effet cytotoxique dans la cellule cible (bévacizumab, trastuzumab, pertuzumab, rituximab).
  • Inhibiteurs de la Tyrosine Kinase des récepteurs du facteur de croissance épidermique (Epidermal Growth Factor Receptor, EGFR) : Ils visent les kinases  qui régulent l’activité de nombreuses protéines impliquées dans la prolifération, la survie et la migration cellulaire, ainsi que l’angiogenèse (fabrication de vaisseaux sanguins) (lapatinib).

  • Inhibiteurs de la protéine mTOR des récepteurs HER : ils vont inhiber la croissance cellulaire en ciblant une protéine bien précise (évérolimus).
medicament

Les traitements non médicamenteux

La chirurgie

Deux types de chirurgie sont pratiqués :

  • la tumorectomie, chirurgie mammaire conservatrice, qui consiste à retirer uniquement la tumeur et les cellules environnantes ;
  • ou, la mastectomie, non-conservatrice qui consiste à retirer la totalité du sein. Cette chirurgie permet de réaliser une analyse précise de la tumeur.

Suite à ces opérations, un traitement antalgique est prescrit afin d’atténuer la douleur et un traitement antibiotique pour éviter toute infection de cicatrisation peut également être prescrit. Ce traitement peut amener à diverses complications telles que des infections, douleurs, saignements, problèmes esthétiques, altérations ou pertes de sensation dans la région de la poitrine reconstruite.  

La radiothérapie

La radiothérapie est une méthode de traitement locorégional des cancers. Elle utilise des radiations pour détruire les cellules cancéreuses en stoppant leur processus de multiplication. Elle peut suivre cette intervention afin de détruire les cellules cancéreuses et empêcher leur développement après une chirurgie. La radiothérapie permet d’éviter les risques de récidive du cancer. Elle est bénéfique dans le cas de présence de tumeurs importantes et s’il y a des ganglions lymphatiques positifs.  

Elle peut être administrée sous forme de rayonnement externe, de curiethérapie ou d’une combinaison des deux. Les patientes après une radiothérapie subissent de nombreux désagréments (fatigue, réactions cutanées, nausées). D’autres conséquences physiques, esthétiques et psychologiques sont également importantes à prendre en compte. 

chirurgie cancer du sein

Adapter son alimentation pendant son cancer du sein

Pour une bonne réussite des traitements, il est important d’adopter une alimentation saine. En effet, de mauvaises habitudes alimentaires caractérisées par une consommation excessive d’aliments riches en calories (sucres et graisses saturées) peuvent conduire à l’augmentation de la quantité et de l’inflammation du tissu adipeux favorisant le développement et la progression du cancer.

Au contraire, la consommation de fruits et légumes apporte des quantités importantes de polyphénols et de fibres intervenant potentiellement dans la prévention de la cancérogenèse par leur pouvoir à contrer le stress oxydatif et l’inflammation.

Cependant, les différents traitements de ce cancer, seuls ou en association, provoquent des effets secondaires tels que des modifications de la perception olfacto-gustative, des nausées, des vomissements et une perte de l’appétit.

Les modifications du goût sont principalement liées à des dommages aux cellules réceptrices du goût au niveau de la langue et du système digestif causés par des rayonnements ou des agents chimiothérapeutiques. La radiothérapie affecte également les glandes salivaires et a un impact sur la composition et la quantité de la salive. Les préférences alimentaires sont également modifées. Il est alors conseillé aux patients de diviser leur trois repas quotidiens en plusieurs collations en fonction de leurs états de faim.

Quelques conseils nutritionnels pendant le traitement

De bons conseils nutritionnels peuvent aider les patientes à retrouver le plaisir de manger. Il est conseillé de manger des repas plus petits et plus fréquents et/ou de manger sucré-salé.

Différentes astuces peuvent être conseillées afin d’éviter les odeurs importantes et désagréables pour ces patients :

  • Utilisation de sachets cuisson allant au four,
  • Ajouter du fromage à sa viande rouge : cela permet de diminuer le goût métallique sans se priver de vitamine B12 et de fer,
  • Privilégier la cuisson vapeur à la cuisson classique à la poêle.

Ces recommandations nutritionnelles adaptées à chaque patient permet de limiter les effets secondaires induits par les médicaments, et d’améliorer l’efficacité thérapeutique, donc leur qualité de vie. Mais ces conseils ne remplacent pas l’accompagnement d’un professionnel de santé ! Donc, en cas de problème persistant : prenez rendez-vous avec votre médecin, votre pharmacien(ne) ou votre diététicien(ne)  !

alimentation saine

Auteurs

Grégory Guilbert, Pharmacien, Responsable de publication et CEO chez Pharmacodietetics

Caroline Melkonian, Diététicienne-nutritionniste, Responsable diététique chez Pharmacodietetics

Marion Ricour, Docteure en Biologie Santé, Directrice scientifique chez Pharmacodietetics

Sources :

Bibliographie

De Cicco P, Catani MV, Gasperi V, Sibilano M, Quaglietta M, Savini I. Nutrition and Breast Cancer: A Literature Review on Prevention, Treatment and Recurrence. Nutrients. 2019 Jul 3;11(7):1514. doi: 10.3390/nu11071514. PMID: 31277273; PMCID: PMC6682953.

Hodis HN, Sarrel PM. Menopausal hormone therapy and breast cancer: what is the evidence from randomized trials? Climacteric. 2018 Dec;21(6):521-528

Sancho-Garnier H., Colonna M. Épidémiologie des cancers du sein. La Presse Médicale, Volume 48, Issue 10, 2019. Pages 1076-1084, ISSN 0755-4982, https://doi.org/10.1016/j.lpm.2019.09.022.

Sitographie

https://www.mangerbouger.fr/pro/sante/alimentation-19/nutrition-et-pathologies/cancer-du-sein.html

https://www.has-sante.fr/jcms/p_3261756/fr/cancer-du-sein

https://www.theriaque.org

https://vite-fait-bienfaits.fr/